« Mémoires de Garrigue »

Un espace végétal face à un géant de pierre. Un parcours muséologique de quinze hectares, en plein air, tout près du Pont du Gard. Entretien avec la conceptrice du projet.

« Mémoires de garrigue » c’est un peu le bébé de Véronique Mure. Ingénieur en agronomie tropicale et botaniste c’est elle qui a conçu cet espace végétal. Un parcours muséologique de quinze hectares, en plein air, tout près du Pont du Gard.

Comment est venue l’idée d’implanter un espace végétal face à un géant de pierre ?

Tout est parti d’une envie de confronter les ingénieurs romains qui ont construit le Pont du Gard et les ingénieux habitants de cet espace qu’ils ont aménagé au fil des siècles. 

Au début vous avez  tâtonné…

Tout à fait ! Nous avions lancé une consultation et fait travailler des équipes comprenant un paysagiste et un muséologue. Cette procédure a débouché sur la présentation d’un musée à ciel ouvert. Ce n’est pas ce qu’on voulait.

Vous vouliez quoi ?

Je souhaitais que l’on travaille sur le paysage à travers les gens. Je ne voulais pas de scènes muséographique sur le parcours. A partir de là, je me suis dit qu’il fallait faire appel à un metteur en scène et pas à un muséologue. 

Vous avez donc décidé de raconter le paysage méditerranéen

Le site de 15 hectares comportait beaucoup de parcelles mais il fallait les réhabiliter dans l’esprit de la trilogie méditerranéenne : le blé pour le pain, l’olivier pour l’huile et la vigne.  
Avec ce projet, on a voulu montrer qu’il y avait une très grande permanence des cultures et des techniques depuis l’époque romaine jusqu’au XIXème siècle.

Ce territoire a aussi été restauré…

Bien sûr ! Toutes les cultures ont été entourées de murets. Les charbonnières, utilisées pour la confection du charbon de bois ont été ont été construites sur le modèle de celles ayant existé sur le site. Les capitelles, ces cabanes de pierres sèches qui abritent les bergers, ont, elles, été remises en valeur. Les chemins débroussaillés. Et, les parcelles remises en culture. 

Le visiteur peut aussi voir de près des arbres et des plantes typiques du Midi

Oui ! Chêne blanc ou vert, olivier, arbousier, genévrier, ciste, genêt, sauge… autant d’arbres et de plantes qui dessinent le paysage de la garrigue, déclinent ses couleurs et définissent ses odeurs. Autant d’arbres et de plantes qui se sont acclimatés à un sol pauvre et pierreux.

 Aujourd’hui, ce site « Mémoires de garrigue » est devenu une  référence

C’est le seul site en France qui parle d’un paysage. Au départ, c’était un handicap car il a fallu tout inventer. Aujourd’hui, les visiteurs se promènent librement sur un parcours expliquant la garrigue et balisé avec des « Pierres petit poucet » comprenant des photos d’époque représentant des gens en train de travailler aux champs.

Votre plus grande satisfaction durant la réalisation de ce projet

L’aménagement de l’ensemble du Pont du Gard a suscité, au tout début, des oppositions. « Mémoires de garrigue » a permis une réappropriation du site par les locaux. Tout simplement parce que ce territoire que l’on a mis en scène, c’est la vie des gens d’ici. Un des opposants m’a fourni des photos des ses grands parents en train de semer et ses tantes en train de cueillir des cerises. Ces images sont insérées sur le parcours. J’ai  trouvé ce geste symbolique. Pour moi, Il montrait que les locaux se reconnaissaient dans cet espace de garrigue et que l’on avait gagné notre pari. .